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L'Insaisissable

La vie n’est-elle pas magnifiquement ironique? …Ne pas se connaître soi-même, et chercher qui nous sommes! Nous n’avons pas été livrés avec le mode d’emploi, pourrait-on dire.


Alors on part à notre rencontre, comme un explorateur sans carte, en quête d’une destination sans nom, dont on a seulement l’intuition. Cette destination, on peut s’y référer pourtant, la sonder en nous, en nous posant la question, qui suis-je?


Lorsque l’on est dans une quête spirituelle, ce que l’on cherche, on le désir sans savoir précisément ce que c’est, mais on le pressent. Il nous appelle, nous guide, comme une lumière, un cap intérieur, une destination. En fonction des moments et des personnes, ce que l’on va chercher, on va l’appeler l’éveil, Dieu, soi, le présent, l’absolu, le bonheur, la paix. Ou tout cela en même temps, et pourtant ce que l’on cherche nous échappe, on ne peut le définir sans le limiter.


Nos conditionnements, notre culture, nos désirs, nos mémoires, notre personnalité, sommes-nous tout cela? Ce ne sont que des phénomènes changeants…Ce que nous sommes, nous le sentons, transcende le changement. Pourtant il nous échappe, c’est comme si ce que nous étions, était…Insaisissable.


Comme beaucoup de personnes en quête d’éveil, j’utilisais l’outil qui “saisit”, c’est à dire le mental, pour tenter d’atteindre l’insaisissable, en complément d’essayer d’être juste présente, là, en faisant stopper le mental autant que possible.


Le mental est un outil bien utile dans ce processus de déconstruction, que les Hindou appelle le Néti-Néti, qui est permet d’arriver à qui nous sommes, par élimination (Néti-Néti = Ni ceci, ni cela).


Nous procédons alors un peu comme des scientifiques qui étudieraient une plante. En divisant la plante en parties et en la soumettant à toute sorte d’expérimentations. C’est à dire que nous allons chercher qui nous sommes par l’observation de nos désirs, de nos rêves, de nos dépendances, de nos conditionnements, de notre histoire personnelle, de tout ce qui semble nous définir. On va se demander, est-ce que je suis cela? Et à chaque fois, nous nous rendons compte de la subjectivité de ce que l’on croit être nous, et de son impermanence.


Tout cela n’est pas réel, vrai, on le sait, et cette certitude dépasse les concept. En plus du mental, à quoi fait-on appel pour sonder ce qui est réel ou pas? Où va-t-on regarder en nous pour déterminer si nos croyances, les idées que nous nous faisons de nous-mêmes (peut importe lesquelles) sont ce que nous sommes? Vers quel espace intérieur nous tournons-nous?


Notre regard se tourne vers la Source. Mais en sommes-nous conscient? Le mental ne voit rien, aucun objet à saisir. Aucun mot, concept, idée image, rien. Cette présence à nous mêmen est tout ce qu’il y a pourtant, pour peu que l’on s’y tienne.


On ne voit rien, on est. Et pour cela on a forcément lâché le mental, car ce n’est plus de son registre.


Cette présence, c’est notre référence, pour établir ce qui est vrai, réel, et l’on voit bien que cela transcende tout concept provenant du mental.


La Source est vacuité.


C’est pour cela que l’on passe à coté de l’éveil. Car nous sortons du domaine des images, du visible, des concepts et des mots et que ce qui se regarde lui-même, c’est l’observateur, le témoin, la conscience elle-même, qui est elle-même vacuité.


On ne capte pas son importance, car le mental adore les objets, les expériences, les choses qu’il peut saisir, posséder, conserver, mémoriser. Alors la quête continue.


Mais si nous reconnaissons que nous sommes cet espace de présence, alors nous vivons l’unité de nous-mêmes, dans l’être, et la quête se termine.